Portrait de Anne ou Maman psychomot’

Je reçois Anne, maman de Petit Baroudeur depuis février 2011 et psychomotricienne au quotidien auprès d’enfants. 

Dans cette interview n°1 nous verrons :

  • Qui est Anne ?
  • Qu’est ce que la psychomotricité ?
  • Le développement psychomoteur
  • L’apport de la psychomotricité
  • Les difficultés que rencontre Anne
  • Les conseils de Anne aux parents

1. Bonjour Anne, bienvenue sur sos psychomotricité. Vous êtes psychomotricienne. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ? 

J’ai effectué mes études en psychomotricité à l’IFP de Bordeaux, et j’ai été diplômée en juillet 2005.

J’ai commencé à travailler à Limoges dans un IME à mi-temps, et à mon arrivée on m’a demandé d’intégrer en plus un SESSAD “autisme” qui se créait, à mi-temps. Après un an de fonctionnement, le SESSAD a eu une extension de son nombre de places, et l’équipe a donc été étoffée, je suis alors passée à temps plein dans ce SESSAD.

En 2006, j’ai commencé une formation continue : “Thérapie avec le Cheval” auprès de la FENTAC. Cette formation a duré 3 ans avec plusieurs modules de formation et des stages, et s’est terminée avec la réalisation d’un mémoire. J’ai pu mettre en pratique en même temps ce que j’apprenais dans mes suivis au SESSAD où je proposais plusieurs séances de psychomotricité avec la médiation cheval.

En 2009, pour des raisons familiales, je suis partie en Lorraine et j’ai intégré un CAMSP : le travail auprès des jeunes enfants m’a particulièrement plu, et me passionne toujours.

Après la naissance de mon fils en 2011, j’ai du réorganiser mon rythme professionnel et mes déplacements quotidiens, et j’ai alors changé de poste en prenant un poste en hôpital de jour comprenant une petite partie dans une unité du centre ressources autisme de Lorraine.

Je travaille donc maintenant dans un service de pédopsychiatrie qui accueille des enfants de 3 à 12 ans, avec de fortes difficultés relationnelles, un retard global de développement, des carences affectives liées à la petite enfance, et une suspicion (ou un diagnostic) de troubles envahissants du développement.

2. Vous êtes également la créatrice du site journal psychomotricienne. Pouvez-vous nous parler de ce site ? 

Il y a quelques mois, sur l’exemple d’une amie, après avoir découvert de nombreux blogs, notamment de mamans…
j’ai eu envie d’ouvrir un blog pour partager un peu autour de la psychomotricité et la rendre accessible aux jeunes parents, aux ass mat, aux instit, aux personnes en contact fréquent avec des enfants…

Je parle donc du développement de l’enfant, de ses besoins et de ses caractéristiques propres….en racontant aussi mes petites anecdotes de maman.
Je m’attarde aussi sur certains matériels de puériculture, sur certains jouets et livres….sur l’intérêt de certaines sorties….

Je me suis vite rendue compte que ce que j’avais appris et qui me semble maintenant évident au niveau du développement de l’enfant…ne l’est en fait pas du tout pour de nombreux parents qui cherchent à bien faire et se posent beaucoup de questions…

3. Selon vous qu’est ce que la psychomotricité ? Qu’est ce qu’elle peut apporter à l’enfant ? A quoi servent les bilans psychomoteurs ?

La psychomotricité est une discipline qui s’intéresse à la personne dans sa globalité en incluant le domaine corporel, le domaine cognitif et le domaine émotionnel, et qui se réfère beaucoup au développement de l’enfant.

Pour dire tout simplement, c’est la motricité en relation : non pas bouger pour bouger, mais bouger pour partager une émotion avec quelqu’un d’autre, et s’adapter à notre environnement (saisir un objet, atteindre un endroit, se faire comprendre, etc.).

Donc, en psychomot, on s’intéresse à:

  • bien ressentir son corps et à communiquer avec (notre tonus, notre attitude, nos mimiques, etc.)
  • développer nos capacités motrices (motricité globale, motricité fine, coordinations de toutes sortes)
  • construire des repères spatio-temporels à partir de notre vécu corporel (hauteur, profondeur, droite/gauche)

L’objectif premier étant de se sentir bien dans ses baskets…bien dans son corps et bien dans sa tête !

Le développement psychomoteur ne s’apprend pas, il fait partie du développement de l’enfant qui se développe naturellement en prenant appui sur la relation d’attachement avec ses parents et en explorant son environnement. Un enfant n’a pas besoin d’être stimulé pour se déplacer, pour saisir les objets, pour se coordonner, pour construire ses repères affectifs et environnementaux…tout cela se fait naturellement avec la maturation neurologique associée à toutes les expériences que l’enfant fait au quotidien et qui le nourrissent dans tous les domaines ( affectif, postural, moteur, sensoriel, cognitif )

Le bilan psychomoteur a son utilité quand on se questionne sur le bon développement d’un enfant, sur sa manière de mettre en scène son corps, sur son investissement corporel : retard, maladresse, agitation, inhibition, mise en danger, évitement de la relation, stéréotypies, auto mutilation, plaintes somatiques répétées, handicap …
Il permet d’établir un profil psychomoteur de l’enfant en évaluant la qualité de son développement psychomoteur ( retard ou non, homogène ou hétérogène …) et en repérant ses points forts, ses points faibles, ses émergences.
Cela permet de discuter avec les parents de leur enfant et de voir avec eux ce que le bilan pointe et comment ils peuvent se l’approprier.. Si le bilan en pointe le besoin, le psychomotricien est à même de proposer un suivi en psychomotricité ou une réévaluation régulière.

Le suivi en psychomotricité permet à l’enfant de bénéficier d’un cadre qui lui est réservé et d’expérimenter là de nouvelles choses spontanément ou en étant “guidé” par le psychomotricien. L’enfant est amené à utiliser son corps dans ses dimensions expressives, communicatives et fonctionnelles…;mais en ayant toujours à l’esprit que ce qui importe c’est la maîtrise du geste, la régulation tonique, l’attention portée à soi même….
par exemple :être capable de sauter, oui, mais pas n’importe comment…en planifiant son saut, en évaluant les risques etc.

Peut-être peut-on dire que le suivi en psychomotricité permet à l’enfant “d’habiter son corps”, de l’investir narcissiquement et de le mettre en scène dans la relation à l’autre et dans l’exploration de ce qui l’entoure.

4. Utilisez vous la psychomotricité pour éduquer votre enfant ? 

Comme tous les parents, j’accompagne mon enfant dans son développement psychomoteur, naturellement.

Etant convaincue de la philosophie de Emmi Pickler- Loczy, je pars du principe qu’un enfant se développe par lui-même s’il dispose d’un environnement affectif sécurisant et d’un espace où il peut réaliser ses expérimentations.

Je n’ai donc jamais essayé de stimuler mon fils ou de travailler telle ou telle chose…par contre, je suis vigilante à lui fournir un espace de jeu au sol avec des jouets adaptés à ses intérêts et à ses compétences, à être disponible pour jouer avec lui ( pas tout le temps non plus), et au choix du matériel et des jeux proposés ( je limite les jeux uniquement sonores et visuels, et je suis contre tous les dispositifs qui le coincent au niveau corporel et qui ne lui permettent pas de faire ses expériences par lui même : youpala par exemple).

5. Qu’est-ce que la psychomotricité vous a apporté en tant que maman ? 

Le fait d’être psychomotricienne m’a fait vraiment prendre conscience de l’importance de bien investir son corps par des expériences positives, par des sensations agréables, par des alternances toniques, par des postures de réassurance….dès le plus jeune âge….
En tant que maman, j’accorde donc beaucoup d’intérêt à tous les petits jeux corporels et sensoriels, aux massages, au besoin de contact…

6. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que psychomotricienne ? En tant que maman ?

  • En tant que psychomotricienne, ma principale difficulté a toujours été de bien faire comprendre mon métier et ma spécificité dans l’équipe…il faut toujours beaucoup de discussions, de partages, d’explications, d’invitations à une séance…puis les choses s’articulent et je travaille plus facilement.
  • En tant que maman…je pense rencontrer les mêmes difficultés que les autres mamans : en ce moment, avec mon mari, nous sommes confrontés à un petit garçon de 18 mois qui s’affirme et qui cherche les limites de ses capacités “physiques” et de ses actions face à nous…c’est par moment un peu fatigant.

7. Quels conseils pouvez-vous donner aux futurs mères et pères ? 

De se faire confiance, de garder du bon sens, d’écouter un peu mais pas trop “les bons conseils” et de ne pas hésiter à faire le tri dedans, de ne pas oublier qu’ils sont de bons parents…

Voir interview n°2
Voir interview n°3 

Crédit photo : R’eyes

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