Comment évaluer la dysgraphie ?

La dysgraphie est présente chez environ 10 % des enfants.

Dès la maternelle, des observations peuvent être effectuées, mais c’est seulement à partir de 7 ans qu’un diagnostic est envisageable . En effet, c’est à cet âge que l’enfant commence à pratiquer l’écriture cursive.

Cet article abordera la définition de la dysgraphie et sa mise en évidence.

La définition de dysgraphie

La dysgraphie sème la zizanie dans mon écriture. Théo

Dans le DSM IV, la dysgraphie figure parmi les troubles des apprentissages. Elle correspond à un trouble de l’expression écrite. Elle n’est ni causée par des déficits neurologiques ou intellectuels, ni par des troubles perceptifs ou moteurs apparents.

Observations :

Au niveau de l’écriture dysgraphique.

Au niveau de l’écriture dysgraphique, on observe : 

  •  une mauvaise organisation spatiale de la page avec un non-respect des espaces entre les lettres et les mots ainsi que des lignes chaotiques,
  •  des erreurs de forme et de proportion des lettres,
  •  une écriture lente et fatigante (présence de pauses plus longues dans l’écriture),
  • une instabilité de l’écriture à travers une direction et une taille des lettres changeantes,
  • une production d’apparence négligée et peu lisible.

Au niveau psychomoteur.

Au niveau psychomoteur, on observe :

  • une variabilité des performances dans les domaines spatiaux, temporels, cinématiques ainsi qu’au niveau de la pression,
  • une discontinuité du mouvement (induite par un feedback visuel privilégié),
  • un nombre plus important de positions et de mouvements défectueux,
  • des anomalies du tonus donnant lieu à une hypertonie, hypotonie ou dystonie (crampe de l’écrivain) peuvent en partie expliquer la modification de la posture et la diminution du degré de liberté des mouvements indispensables à l’écriture. La posture peut aussi induire une prise défectueuse de l’instrument scripteur ou un mauvais positionnement du membre scripteur.
  • une efficacité motrice moindre,
  • au niveau de la motricité manuelle : une vitesse d’opposition et dans les mouvements successifs moindre, des difficultés de contrôle des muscles distaux de la main.

Les causes possibles de la dysgraphie 

Les causes prédisposantes aux dysgraphies sont diverses.

La dysgraphie peut s’exprimer lorsque l’enfant présente :

  • des difficultés psychomotrices générales, la maladresse globale – 50% des dysgraphiques
  • des troubles de la représentation de l’espace
  • des troubles du schéma corporel – mauvaise perception des différentes parties du corps
  • des troubles psychogènes

L’héritage de Julian de Ajuriaguerra

Julian de Ajuriaguerra est un neuropsychiatre et psychanalyste français. Il crée entre 1946 et 1959 avec René Diatkine à l’hôpital Henri Rousselle une “Equipe de recherche et de rééducation des troubles de la psycho-motricité et du langage”

Ajuriaguerra distingue cinq groupes de dysgraphie qui peuvent se combiner :

  • les raides : l’écriture donne une impression de raideur, de tension, le tracé nécessite un effort tonique important qui lui confère un aspect anguleux.
  • les mous : le tracé est irrégulier et la mise en page négligée, on remarque ainsi une impression de « laisser aller » avec une ondulation des lignes. L’écriture est petite et ronde et s’étale en largeur, certaines lettres sont atrophiées.
  • les impulsifs : on perçoit un manque de contrôle de mouvement. Les formes sont imprécises, l’hypermétrie entraine un allongement des finales. La mise en page est négligée avec des marges abstraites et des lignes mal tenues.
  • les maladroits : les formes sont lourdes, mal proportionnées, comprenant de nombreuses retouches et un tracé de mauvaise qualité. La page est mal organisée, le tout apparaît désordonné.
  • les lents et précis : le graphisme est appliqué et la mise en page soignée. La lenteur est excessive et s’accompagne d’ébauches de tremblements et de cabossages de certaines lettres.

Les trois types de dysgraphie

  • La dysgraphie linguistique.
  • La dysgraphie d’ordre spatial.
  • La dysgraphie d’ordre moteur.

Pour Ajuriaguerra, les problèmes de développement moteur et d’organisation spatiale sont les plus répandus chez les individus dysgraphiques.

La dysgraphie est souvent associée à d’autres troubles comme la dyslexie, les troubles d’acquisition des coordinations ou dyspraxies de développement, les dystonies et notamment les ébauches de crampes, les troubles de la dominance latérale. Ces comorbidités fréquentes nécessiteront donc une évaluation adéquate qui ne peut se limiter au seul examen de l’écriture. Jean-Michel Albaret.

Epreuves classiques d’évaluation

Jean-Michel Albaret (1995) énonce trois axes dans l’examen psychomoteur de la dysgraphie :

  • un entretien avec la famille.
  • une évaluation motrice graphique.
  • une recherche de troubles associés.

En général : La démarche du bilan de l’écriture comprend 7 étapes :

  1.  le recueil d’information
  2.  le bilan psychomoteur global
  3.  l’évaluation de l’écriture
  4. Observation des comportements d’écriture
  5.  Analyse clinique de l’écriture
  6.  Détermination des axes de travail et des modalités pratiques
  7.  Evaluation

L’évaluation graphomotrice

Elle permet d’analyser la position du sujet face à la table, la qualité de sa trace graphique, la pression exercée par le crayon et la vitesse d’écriture (pauses/accélérations).

Les tests d’évaluations avec échelles :

Ajuriaguerra et de ses collaborateurs en 1964, puis Gobineau et de Perron (1954) élaborent des tests d’évolution

L’échelle E se divise en deux échelles :

L’échelle E se divise en deux échelles :

l’échelle EF analyse les formes et les agencements enfantins (dimension de lettres, lettres formées de plusieurs parties).

l’échelle EM analyse les difficultés d’exécution motrice.

L’échelle de dysgraphie (D) 25 items et trois rubriques :

L’échelle de dysgraphie (D) comporte 25 items et se scinde en trois rubriques :

  • une mauvaise organisation de la page.
  • une maladresse du tracé.
  • des erreurs de forme et de proportion.

L’échelle BHK - évaluation rapide de l’écriture chez l’enfant. D'après Hamstra-Bletz et Al (1987)

L’échelle BHK – évaluation rapide de l’écriture chez l’enfant. d’après Hamstra-Bletz et Al (1987)

Cette échelle, adaptée en français par M. Charles, R. Soppelsa et J.M. Albaret en 2004, permet une détection précoce des dysgraphies.

Elle consiste à écrire un texte durant 5 minutes qui va être analysé en terme de qualité et de vitesse d‘écriture.

Elle est composée de 13 items :

  • écriture grande
  • inclinaison de la marge vers la droite
  • lignes non planes
  • mots serrés
  • écriture chaotique
  • liens interrompus entre les lettres
  • télescopages
  • variation dans la hauteur des lettres troncs
  • hauteur relative incorrecte
  • distorsion des lettres
  • formes de lettres ambigües
  • lettres retouchées
  • hésitations et tremblements

Chaque item est noté de la manière suivante:

  • Si la présence de l’item est nette :1 point
  • Lorsque la présence est discrète, inconstante : 0,5 point
  • Si l’item est absent : 0 point

Chaque estimation obtenue est multipliée par un coefficient de pondération – en fonction de l’âge de l’enfant. .

Un enfant dont la note globale est supérieure à 10 points est suspect de dysgraphie. A partir de 14 points l’enfant est dit dysgraphique.

Les questionnaires

Des questionnaires apportent des informations supplémentaires sur l’origine du trouble, le contexte familial, l’histoire du sujet et sa vie affective. Ils prennent en considération le ressenti des parents et leurs difficultés.

QUESTIONNAIRE POUR L’ENFANT.

QUESTIONNAIRE POUR L’ENFANT.

1. Aimes-tu écrire? Pourquoi?

2. Que penses-tu de l’écriture? A ton avis à quoi sert-elle? Pourquoi?

3. Quand est-ce que tu écris? Est-ce que c’est uniquement lorsqu’on te le demande, par exemple à l’école ou dans d’autres cas?

4. Est-ce que tu aimes dessiner? Pourquoi?

5. Arrives-tu bien à te relire? Tiens-tu correctement ton cahier de texte? Les devoirs sont-ils donnés à l’oral ou à l’écrit?

6. Arrives-tu bien à faire tes devoirs écrits à la maison?

7. Combien de temps penses-tu que tu passes à écrire à l’école? Au bout de combien de temps, ou de lignes, ou de pages, penses-tu en avoir assez d’écrire, ou d’avoir du mal à écrire?

8. Est-ce que tes professeurs te grondent sur ton écriture, te déchirent-ils les pages ou te demandent-ils de recommencer? Qu’en penses-tu? Es-tu en colère quand ils font ça?

9. Te compares-tu à des copains en ce qui concerne l’écriture, ou as-tu un modèle auquel tu aimerais que ton écriture ressemble?

10. Depuis quand penses-tu avoir des difficultés d’écriture?

11. Est-ce que tu utilises l’ordinateur pour écrire des textes?

12. Aimes-tu lire? Si oui, que lis-tu?

13. Trouves tu difficile de te concentrer quand tu dois répondre à une question? Mets-tu beaucoup de temps à réfléchir pour écrire un mot?

14. Est-ce que quelqu’un s’est déjà moqué de toi à propos de ton écriture?

15. A ton avis qu’est-ce qui travaille dans ton corps quand tu écris?

16. Selon toi, quelles sont les causes qui expliquent tes difficultés d’écriture?

17. Qu’est-ce que tu aimes et qu’est-ce que tu n’aimes pas dans ton écriture?

18. Est-ce qu’il te paraît possible de changer ton écriture?

 

QUESTIONNAIRE POUR LES PARENTS.

QUESTIONNAIRE POUR LES PARENTS.

1. Ecrivez-vous beaucoup et dessinez-vous souvent?

2. L’écriture a-t-elle une grande importance pour vous? Selon vous, à quoi sert-elle?

3. Y’a-t-il eu des problèmes dans l’acquisition de l’écriture chez un membre de votre famille?

4. Pouvez-vous donner la période à laquelle vous avez perçu le décrochage de votre enfant dans le domaine de l’écriture?

5. Quelle a été l’évolution de son écriture?

6. Est-ce que son écriture a changé selon les professeurs?

7. A-t-il eu des problèmes linguistiques, notamment dans la période d’acquisition du langage?

8. Comment s’est déroulé l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour lui? Y a-t-il des stratégies particulières pour lui apprendre à écrire et à lire?

9. A-t-il eu un suivi autre que la psychomotricité? A-t-il vu un spécialiste?

10. Les problèmes de votre enfant vous dérangent-ils?

11. Selon vous, à quoi est dû le trouble de votre enfant?

Source:

  1. La connaissance de l’enfant par l’écriture de Jacqueline Peugeot
  2. Evaluation psychomotrice des dysgraphies de Jean-Michel Albaret
  3. Guide pour une approche psychomotrice de l’écriture de Legardeur Cécile.
  4. Influence de l’apprentissage de la jonglerie sur la qualité de l’écriture d’enfants dysgraphiques de Patrick Bédard

Conclusion 

Les problèmes d’écriture des enfants dysgraphiques persistent si aucune intervention spécifique n’est entreprise pour les aider.

Il est donc essentiel de la déceler rapidement et de proposer une rééducation la plus adaptée et efficace possible.

, ,

11 réponses à Comment évaluer la dysgraphie ?

  1. valérie Klein 18 mars 2013 à 11:24 #

    bonjour

    une enfant ayant des troubles de dysgraphies peut-elle avoir également des symptômes autistiques ?

    • Krier sandrine 15 juillet 2017 à 2:41 #

      Oui. Mon fils est autiste et dyslexique dys graphique ces troubles en font partis

  2. Laborie 14 octobre 2015 à 1:12 #

    L évaluation des praxis visuelles et de la perception visuelle par une orthoptiste est essentielle dans le évaluation de la dysgraohie

    • Blanche 7 octobre 2016 à 9:45 #

      Un bilan optomoteur et fonctionnel est essentiel pour une dyspraxie visuo-spatiale….
      Un dyspraxie entraîne une dysgraphie mais le contraire n’est pas valable, on trouve des trouble grapho-moteur dans d’autres types de TSA…

  3. Marty 6 décembre 2015 à 4:48 #

    Bonjour je suis tout à fait à l’écoute de vos messages et commentaires.
    Professeur des écoles depuis 10 ans, je me forme actuellement pour ouvrir un cabinet de rééducatrice en écriture d’ici quelques mois. Cette profession n’est malheureusement encore pas très connue, mais nous avons besoins de vos appuis pour faire connaître nos
    spécificités.

    • Alice 8 décembre 2015 à 12:32 #

      Et quelles sont vos spécificités?

    • Charlie 23 avril 2016 à 9:22 #

      Bonjour,

      quelle formation avez-vous faite pour devenir rééducatrice en écriture?

      • C.D. 7 octobre 2016 à 10:37 #

        Ce n’est pas une réeducatrice en écriture mais une Psychomotricienne donc concours d’entrée, 3 ans d’étude puis diplôme d’état de psychomotricien. La rééducation de l’écriture nécessite un diplôme paramédical (ergo, ortho, psychomot)

  4. Blanche 7 octobre 2016 à 9:48 #

    La rééducation de l’écriture est normalement le travail des psychomotricien et des ergothérapeutes…attention aux formations rapides de graphothérapeute.
    Ce sont des prises en charge globales dont les enfants ont besoin, pas la multiplication des intervenants.
    Et des diagnostics posés par des professionnels après exclusions d’autres pathologies, d’un RM ou autres..Il y a des critères diagnostic à respecter (DSM IV et V)

  5. Claire Bergeret 8 octobre 2016 à 10:59 #

    Je rajouterai que ce trouble est souvent associé à la précocité, surtout chez les garçons.
    Ce trouble a des impacts directs sur la confiance en soi de l’enfant.
    Les faire dépister est essentiel et peut vraiment permettre de délier des blocages scolaires !

  6. de pannemaecker eve-carolyn 12 octobre 2017 à 12:53 #

    bonjour,
    monpetit fils agé de 7 ans, présente de sérieux problèmes pour écrire, il apprend par coeur les récitations, n’a aucun problème physique, pouvez vous envoyez par mail à sa maman ce que je viens de lire”comment évaluer la dysgraphie” à ma fille afin qu’elle prenne connaissance du crusus à suivre. Je vous en remercie CDT
    mail de ma fille: eve-carolyn@outlook.fr

    ps: et lui conseiller qui aller consulter avec son enfant- elle vit à coté de draguignan-et fréjus dans le var-peut etre connaissez vous un médeçin spéci
    ialiste dans cette région??

Laisser un commentaire