Le dessin d’enfant

Le dessin est un langage.

Il doit intéresser l’observateur au-delà de ce qu’il est censé représenter. Certes, l’enfant a besoin qu’on trouve belle l’œuvre qu’il a réalisée, mais des dessins malhabiles sont souvent plus riches de création que d’autre trop parfait, souvent stéréotypé. (P.Wallon, le dessin d’enfant, 2001)

Source: Le dessin dans l’examen psychologique. Aubeline Vinay.

Le dessin libre

Un peu d’imagination, un élan d’inspiration et des bons crayons

Le dessin libre permet à l’enfant de s’exprimer librement. Désirs, pulsions, fantasmes, peurs peuvent prendre des formes et des couleurs innombrables.

Dans le dessin libre, nous trouvons à la fois des éléments propres à l’activité graphomotrice et cognitive : maturité psychologique, coordination sensori-motrice, intégrité neurologique. (Nguyên, 1989)

L’évolution du dessin de l’enfant témoigne du développement de la représentation de son propre corps, de l’espace et du temps, de ses possibilités imaginatives, et de son développement cognitif global. Au cours du temps, le dessin évolue en fonction du stade où l’enfant se situe. Cette évolution varient d’un enfant à l’autre.

Voici 5 dessins associés à 5 stades différents.

1. Le gribouillage

Entre la naissance et l’âge de 2 ans.

Le gribouillage est principalement composé de cercles à antennes, de ronds avec un point central, d’ébauches d’yeux et de bouche dans une forme plus ou moins arrondie. On assiste à la construction de l’image dynamique du sujet. Toutefois, le gribouillage est avant tout une productions motrices. C’est l’acte moteur et le plaisir qu’il procure qui intéresse l’enfant. Le dessin n’a pas encore de réel signification.

Entre deux et trois ans, à côté du pouvoir du mot, l’enfant découvrira le pouvoir de l’image et sa capacité à signifier par un dessin. (P.Wallon & al; le dessin de l’enfant, 1990)

2. Ovale, goutte, carré

Entre 2 ans et 4 ans.

L’enfant à besoin de s’exprimer. Il commence à manier correctement les crayons. Il se perfectionne. Son dessin constitue une réponse directe au besoin de mouvement.

Ovale, goutte, carré sont les premières variantes de ce que nous appelons le cercle initial. Mais le cercle peut aussi demeurer et se perfectionner comme tel ; il est alors le point de départ d’une grande famille ; la figure humaine. (A.Stern, Une grammaire de l’art enfantin, 1966)

 A 3 ans le dessin prend forme

L’enfant a encore tendance à gribouiller, mais à l’intérieur de cette masse, des formes s’isolent. (Nguyên, 1989). Pour Luquet (1927) c’est le réalisme fortuit.  Le gribouillis n’est ni tout à fait un objet, ni tout à fait un espace. Nébuleux, il préfigurait l’un et l’autre. (Stern, 1966)

Ce n’est pas du gribouillage c’est mon visage. Le rond ici, c’est les fesses de mamie. Le carré c’est la tête de pépé.  Chloé.

Selon Luquet, l’enfant découvre fortuitement que les tracés réalisés sans intention signifiante peuvent prendre sens ( « réalisme fortuit » ). Progressivement, il découvre l’intérêt de l’entourage pour sa production. Il s’aperçoit que son chef d’oeuvre peut représenter un objet, une personne ou encore une situation. Cette émergence de la représentation va être révélée par le langage, au travers la narration de l’enfant. Les formes rondes deviennent, selon la situation, une maison, un ballon ou encore un soleil.

Le paraître est important. Le dessin est réalisé avec méticulosité et désir de plaire.

3. Le dessin du  ‘‘je’’

Entre 3 ans et 6 ans

L’enfant exprime sa volonté d’explorer. Curieux il cherche la relation à l’autre. Il parvient à différencier les deux sexes. Il dessine des scènes, des objets ou des éléments de son environnement. – le sol et le ciel.
L’enfant s’enthousiasme. Il est capable de dessiner toutes les choses qu’il imagine. Avec l’expérience, il améliore sa technique . Luquet décrit le passage par une période dite du « réalisme manqué » : l’enfant a une intention signifiante en dessinant, mais il ne parvient pas toujours à son objectif.

Qui je suis ? Qui sont les autres ?

A travers ces productions, l’enfant se questionne sur lui-même et sur le monde qui l’entoure.

4. Le dessin en cœur et la forteresse

Entre 6 ans et 8 ans

Progressivement, l’enfant maîtrise l’espace, les formes et les perspectives. Luquet parle de réalisme intellectuel : le dessin devient vraiment figuratif, les productions coïncident avec l’objet représenté.
L’enfant représente dans son dessin l’extérieur et l’intérieur de l’objet. C’est le phénomène de « transparence ».

La création prend une tout autre dimension. Les personnages sont remplis d’affect. La production graphique reflète le désir de séduire. Les fleurs, les petits cœurs s’envolent sur la feuille.
Puis dans la deuxième phase de l’Œdipe, l’enfant se sépare de l’image parentale. Il s’identifie à sa propre force. Le dessin prend des allures de forteresse, de bateaux et de roi soleil. L’ego s’exprime avec vivacité

5. Le dessin standardisé

Entre 8 et 12 ans

L’enfant dessine son quotidien. Il travaille sur son image corporelle. L’œuvre devient de plus en plus réaliste. Son perfectionnisme prend une place prépondérante. La symétrie et l’exactitude des traits sont recherchées avant tout. La perspective, les proportions sont de mieux en mieux respectées. Les références spatiales sont présentes comme le sol, l’arrière-plan. Les personnages apparaissent parfois de profil et en 3D. Pour Luquet, c’est le réalisme visuel. Cette évolution témoigne du développement psycho-affectif de l’enfant.

Conclusion

Le dessin nous renseigne sur le niveau de maturité, l’intégration sexuelle, l’image du corps, le schéma corporel, le degré d’équilibre mental et la motricité de l’enfant.

Le dessin est donc une activité chez l’enfant et qui subsiste chez certains adultes ; il mêle l’expression de soi et la copie de la réalité. Chez l’enfant, il n’est pas qu’une image, mais un mode d’écriture complexe qui à pouvoir de signification.  (D. Anzieu et E. Jalley, Dictionnaire de psychologie, 1991.)

Et puis, des forteresses en vitesse, des coeurs à toute heure, nous faisons du gribouillage à tout âge.

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4 réponses à Le dessin d’enfant

  1. BERG Francis 21 juillet 2015 à 12:27 #

    Pouvez-vous m’indiquer si le phénomène suivant est habituel ou rare?
    Ma petite fille de quatre ans et demi, installée en face de moi, m’a dessiné un dessin visible “à l’endroit” depuis ma place. Elle dessinait donc son dessin, visible”à l’envers”, depuis sa place. Elle a fait cela comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit et son dessin était semblable aux dessins qu’elle réalise habituellement “à l’endroit”.
    Cette aptitude est-elle habituelle chez les enfants? Se perd-elle en grandissant?

    Cordialement,
    FB

    • Jean-Paul 1 mars 2017 à 3:11 #

      Je trouve cette anecdote remarquable. Je pense que c’est un signe d’empathie et d’un excellent positionnement spatial. A t elle conservée cette belle compétence ?

      JP

  2. Audrey 25 octobre 2015 à 12:24 #

    Bonjour Francis,

    Les lettres à l’envers c’est courant. Les dessins moins. Cela peut être lié à la représentation de l’espace – L’enfant passe par différentes étapes : l’espace vécu, perçu puis représenté. Cela disparait donc au fur et à mesure des apprentissages. 🙂

  3. ninon 18 juin 2017 à 9:32 #

    Bonjour,
    J’ai une enfant de trois ans et demi. Je remarque que ces dessins sont très confus. Il n’y a pas d’évolution dans ses bonhomme ce n’est que du gribouillage. Elle utilise très peu de couleur.
    Devons nous nous inquiéter lorsque les autres de sa classe commémoration des représentations plus travaillés elle et de fin d’année et en petite section.
    A qui pourrions nous nous adresser pour avoir un avis
    La maîtresse n’est pas très impliquée dans son travail et n’est jamais disponible pour nous répondre.
    Merci

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